Michelle Cajolet-Couture - La force de la gravité - Thème page

Danny Belair ©

LA FORCE DE LA GRAVITÉ

Pièce montée pour une comédienne et neuf personnages en chute libre

« Le jour où j’arriverai pu à pisser tout seul, faites comme on ferait avec un chien malade, amenez-moi au sommet d’la colline et pis tirez-moi une balle ».

Résident étranger d’un corps dont la maladie s’est autoproclamée Maître, un père de famille troque sa modeste condition d’Homme pour celle d’un Dieu en orchestrant sa mort. Seule sur scène, avec un ukulélé, une pomme, une hache, une planche de bois, la fille de ce père, cadette de la famille, s’avance pour raconter son histoire. Avec la liberté de style, l’authenticité, la fragilité d’un journal intime, elle entraîne alors les spectateurs dans l’espace-temps suspendu des vertigineuses dernières heures de la vie de son Père et de son plan de mourir à la hauteur de la vie qu’il a menée.

Campé dans les vastes territoires sauvages québécois, La force de la gravité raconte, avec tendresse et humour, l’histoire d’une famille qui bascule au cœur d’une odyssée morbide et céleste où le fantastique embrasse le quotidien. Un seule-en-scène située à la croisée du théâtre, du conte et du récit initiatique, dans lequel dialogue, parole, mouvement et musique. D’une durée de 75 minutes, le spectacle s’adresse à un public à partir de neuf ans et questionne notre rapport à la mort, notre lien ancestral à la nature et la liberté d’action que nous avons sur cette vie, ce corps que nous habitons.

Quand l'autobiographie embrasse la tragédie grecque

Inspirée par ma famille, la maison dans la forêt où j’ai grandi, la mort de mon Père et le mythe d’Iphigénie à Aulis, j’écris La force de la gravité en 2015. La pièce s’écrit d’un trait, avec une fluidité peu familière pour ma personne. J’écris sans cerveau. Pour la première fois. C’est peut-être ça le secret de l’écriture que je me dis… Écrire sans cerveau. Takatakatak! J’écris. Sans réfléchir à la forme, aux règles dramaturgiques, à si les gens aimeront ou pas, à si ma famille sera en accord ou pas, à si la chronologie était dans l’ordre ou pas, à si mon projet était réalisable sur scène ou pas, à si je devais mettre plus d’aigre ou plus de doux ou pas… Tout ça, ça n’existait pas. La Mort. Rien d’autre dans le décor que La Mort. Une charge trop violente pour rester coincée dans la trop fragile cage thoracique, le trop petit crâne d’un être humain.

Isolée pendant trois mois dans mon bébé-studio en banlieue parisienne, bien loin de mon pays natal de l’autre côté de l’océan, je profite de la liberté qu’apporte parfois la distance pour exulter l’insoutenable déchirure de la perte d’un Père. J’ai trempé la plume dans l’épais goudron de la déchirure. C’est comme ça que j’ai découvert l’étonnant plaisir d’appuyer une écriture sur un événement réel. Les personnages, les sous-textes, la fin de l’histoire… Tout était déjà écrit. Tout ce qu’il me restait à faire c’était tordre la réalité. C’est donc ce que j’ai fait. J’ai tordu. J’en ai tordu des bouts et puis j’en ai laissés d’autres intacts. Je me suis créé une deuxième mère, deux deuxième frères et une deuxième mort de mon Père. Pour le reste, je laisse maintenant la liberté aux spectateurs de choisir pour eux c’est quoi le faux du vrai, le vrai du faux.

Aujourd’hui, je me dis que cette deuxième mort est en fait la vraie mort de mon père. Peut-être que la vie s’est trompée avec sa première version. Ça arrive. Y’a personne de parfait, surtout pas la vie. Dans tous les cas, moi, c’est cette deuxième mort-là que j’imagine qu’il aurait souhaiter (si je me base sur les quelques morceaux éparpillés de l’âme en casse-tête de mon père que j’ai pu connaître). C’est cette deuxième mort qui me fait sourire avec toute la tendresse du monde. Cette deuxième mort que j’aime raconter dans un décor fait d’images qui prennent possession du territoire imaginaire de chaque spectateur, chaque spectatrice. Cette deuxième mort qui vit à travers l’histoire de La force de la gravité. Une histoire hommage. Hommage à un homme inconnu de vous et un peu de moi aussi. Ou plutôt, un homme que vous connaissez par cœur et moi aussi. L’histoire du corps d’un Père qui tombe et du reste de la famille qui reste debout. Courbée, crochue, mais debout. Une tragédie sans contour. Un nouveau mythe.  

 

Théâtre, seule-en-scène / Durée 1h15 / Conseillé à partir de neuf ans

Une création de LA ROCKET

Texte, Interprétation, Mise en scène MICHELLE CAJOLET-COUTURE

Création lumière, régie générale PABLO HASSANI

Création sonore PAULINE PARNEIX

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